José. Cordonnier 5 étoiles
“Dans artisanat, il y a art. C’est important d’avoir le sens de l’esthétique.”
Je rencontre José dans son atelier-boutique à Suresnes. La sonnette de l’entrée, il l’entend au minimum 140 fois par jour, les journées d’affluence. Et ce depuis 37 ans.
José est arrivé à la cordonnerie de Suresnes en 1983, à 21 ans, en tant que salarié. Il avait appris, pendant 1 an, sur le tas, dans une grosse entreprise de cordonnerie, comme il en existait tant dans les années 80. Il est salarié-gérant depuis 1998 : c’est plus rémunérateur qu’employé mais il faut s’en donner la peine, être curieux, se former à toutes les évolutions de matières ou de techniques.
Parce qu’il sait se remettre en question, il est sans doute le plus ancien commerçant autour de la place du marché. Et c’est lui qui entretient le lien et l’entraide des entrepreneurs. J’apprends qu’il y a certains rituels comme le café du samedi matin, les déjeuners quotidiens chez le fleuriste de la place, les apéros à la cordonnerie.
Il faut dire que sa boutique se prête très bien à l’exercice. Passée la porte d’entrée, vous tombez sur le point névralgique de l’endroit : un “looong” comptoir multifonction bleu qui se déploie d’un bout à l’autre de la boutique. Je l’imagine facilement accueillir vivres et boissons, le soir venu.
Côté entrée, le comptoir est d’apparence pleine et accueille un tabouret de bar, pour le client fatigué. Côté atelier, il est creusé d’autant de cavités capables d’accueillir les possessions des clients, ainsi que les stocks de produits du cordonnier. Sur ce comptoir encombré, vous trouvez notamment les porte-clés en vente, les plaques indiquant que la maison ne prend pas la carte bleue et que les réparations sont payables d’avance.
La banque d’accueil met aussi en évidence la possibilité de donner son avis sur les prestations de la cordonnerie, sur les réseaux sociaux. Car José est un cordonnier connecté.
D’ailleurs, le moteur de recherche multicolore vous indiquera qu’il est classé 5 étoiles. Si cette distinction apporte à José de nouveaux clients, parfois venus de loin, elle le met aussi sous pression. Il dit qu’il guette le jour où il aura une mauvaise appréciation. C’est pourquoi, il redouble de vigilance pour soigner son travail et le service.
Et pourtant, vous pouvez lui confier n’importe quel défi, il aura à coeur de le relever. Car après 37 ans d’exercice, il se forme toujours. Il cherche. Il mêle créativité, esthétisme et sens pratique.
En plus de toutes ses qualités professionnelles et malgré un abord bourru, j’ai découvert un homme attentionné et profondément humain. La doyenne du quartier a 90 ans. Haute comme trois pommes, c’est un moulin à paroles que j’ai du mal à comprendre et à suivre. José l’écoute avec patience : “Elle était là avant que j’arrive ; je lui rends service quand je peux, c’est normal.” Normal aussi d’accueillir des apprentis, parfois en difficulté. Normal de prendre le temps d’expliquer, plusieurs fois, de manières différentes. S’adapter à chacun d’entre eux, c’est cela aussi être maître d’apprentissage. Savoir transmettre son savoir-faire mais savoir le remettre en question lorsque c’est nécessaire.
Oui, j’en suis convaincue, José est réellement un cordonnier 5 étoiles.
Crédit photo : Cordonnerie SEFED Suresnes